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couv_reddition"Entrez par la sortie, le paradis vous y attend"

Dans ce récit autobiographique fort troublant, Toni Bentley, ancienne danseuse étoile du New York City Ballet, nous conte les joies du " holy fuck ", la sodomie qui enseigne l'absolu pardon. L'auteur " place la barre très haut ", et pour parvenir à serrer parfaitement chacun des muscles de son corps de ballerine, et pour poser sa plume d'écrivain au plus près de sa cible transgressive. Car, au-delà de son séduisant aspect érotique, cette longue offrande, cette confession d'une incroyable liberté, épouse la forme d'une somptueuse lettre d'amour et de gratitude, adressée à A-man, l'homme par excellence qui, 298 en deux ans, révéla l'extase mystique à l'amante. en la pénétrant " religieusement ", A-man lui procure une jouissance qui la vide de son moi, vide qui engendre au cours de rituels soigneusement orchestrés, un don sans réserve.


Ma reddition, confession érotique ("The surrender, an erotic memoir")
de Toni Bentley
Maren Sell Editeurs (13 avril 2006)


Les autobiographies de femmes racontant combien elles ont souffert de n'avoir pas été aimées par leur père courent les rues. En voici une qui, débordant amplement de cet aspect-là, sort de l'ordinaire. Ni larmoyante ni vengeresse, Toni Bentley, ex-danseuse du New York City Ballet de George Balanchine, livre une confession érotique à la fois clinique et mystique, érudite et légère, maîtrisée et touchante. Ma reddition fait mémoire de sa passion entière pour un homme. Sans lui, dit-elle, elle aurait continué à accepter «la pitoyable soumission affective» au lieu de découvrir la béatitude qu'apporterait la «soumission sexuelle». C'est cette relation unique et non rééditable, de nature outrageusement sexuelle, qui, en contrepoint des contentieux avec l'autre homme unique que représente son père pour une femme, sous-tend le récit et ses incidents.

Si ce livre, le cinquième de la carrière d'auteur de Bentley, s'est vendu à 120 000 exemplaires aux Etats-Unis, c'est sans doute en vertu de trois atouts rarement réunis: l'incontestable accent de vérité attendu de toute biographie; un style narratif dansant ponctué de sentences et de raccourcis pétillants; une réflexion expérimentale et spéculative sur ce que signifie la préférence ou la répugnance pour... la sodomie. Car, pour Bentley, l'extase n'est pas à la portée des égaux, de ceux qui redoutent d'avoir une place à tenir. «L'un commande, écrit-elle, l'autre obéit. Pouvoir absolu, obéissance tout aussi absolue. Les adeptes de la sodomie se passent de la sécurité du filet démocratique et antidiscriminatoire.» Cette pépite d'éternité ravie au fuyant présent, assure-t-elle, ne sera jamais le trophée que de qui prend, que de qui donne.

Mieux vaut être possédée à cul perdu pour être délivrée de l'angoisse de n'être qu'à soi plutôt qu'être abusée par voie machinale, vaginale et sentimentale. Toni Bentley a toutefois l'honnêteté d'indiquer la limite de ce que fut son contrat hédoniste. Qui s'en douterait? Quand la rivale paraît, l'inoubliable amant n'a soudain pas plus de majesté qu'un trou du cul entre mille.


Critique pertinente de Philippe Delaroche (Lire, mai 2006)


Mon avis : Dire que je me suis un peu fait chier et que j’en avais même plein le cul aux abords de la deux-centième sodomie serait par trop réducteur…




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"Je n’étais plus Esclave, j’étais Maîtresse, seul refuse pour une soumise sans Maître."

"Avoir suivi le long et tortueux chemin qui mène de la masochiste à la Maîtresse…et puis quoi encore ? Madame ? Muse ? Et de qui ? Peut-être d’un homme difficile à aimer. A-Man n’offrait aucun défi à cet égard. L’aimer était si facile, trop facile. L’enfer, c’était de ne pas l’aimer. Alors le contraire, peut-être : aimer ce qui était difficile, tourner le dos à la facilité. N’apprendrais-je pas alors la tolérance ?"

"Je me demande parfois si l’attrait de la sodomie, contrairement aux apparences, ne vient pas de ce que celle-ci permet d’avoir la sensation perverse de chier sur un homme"

(A quatre ans, son père lui écrase une banane sur le visage et essuie la pulpe souillant ses doigts dans ses cheveux…) « à partir de cet instant, je ne me rappelle plus rien. Mais la quête de ma dignité perdue est devenue l’obsession de toute ma vie. Cette croisade inachevée m’a plus ou moins conduite jusqu’ici, à cette obsession d’un acte volontaire de sanction disciplinaire qui me rende un équilibre mental perdu depuis si longtemps que je ne m’en souviens plus. Je suis une femme qui a appris à surmonter sa terreur de l’humiliation en choisissant et en désirant ce qui est pour beaucoup l’acte ultime d’humiliation : la pénétration anale."

"Je crains de toujours être la petite fille dont la figure dégoutte de chair de banane, incapable d’oublier qu’à tout moment, je suis menacée d’humiliation par quelqu’un que j’aime. Et plus j’aime, plus cette menace est présente."

"Je suis une victime de la triste et mortelle condition de tant de femmes : papa ne m’a pas assez aimée dans mon enfance. Et mon expérience des hommes est devenue la longue série de mes tentatives, le plus souvent inconscientes et parfois désespérées, de combler ce manque, de retrouver cet amour, de guérir cette blessure, d’exprimer cette perte. La plupart d’entre nous sommes meurtries, en colère et très remontées. De vraies bombes à retardement. Désamorcer la bombe est un défi pour l’homme féministe et son arrogance lui faire croire qu’il peut y parvenir. Mais il ne peut pas. C’est ma blessure, c’est ma souffrance. Qui êtes vous pour me les enlever ? Je n’ai nul besoin d’un sauveur, je n’ai nul besoin de votre pitié, nul besoin de vos jugements. J’ai besoin de baise…et peut-être d’une gentille petite fessée pour soulager ma colère."