Zhong_Biao_2

Par hasard, je suis tombée sur cet article, paru dans "L'humanité", qui s'intitule "Dans les rues de Shanghai" :

"Dans les rue de Shanghai                        

Les gens chics

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’égalitarisme cher au président Mao n’a plus du tout sa place dans la Chine d’aujourd’hui. L’ère des réformes, ouverte par Deng Xiaoping en 1978, a profondément transformé, sinon le paysage politique, le paysage social et économique de ces vingt dernières années. " Que certains s’enrichissent d’abord et les autres suivront. Que certaines régions s’enrichissent d’abord et les autres suivront ", reste le slogan le plus présent dans l’esprit de tous les Chinois.

À Shanghai, les " nouveaux riches " ne se cachent pas ; au contraire, comme dans toutes les sociétés communistes reconverties brusquement au libéralisme économique absolu, ils se montrent. Dans les plus beaux restaurants de la ville, les jeunes loups aux dents longues exhibent leur dernier complet à la mode, leur cravate importée, leur montre suisse dorée à l’or fin, quand elle n’est pas incrustée de diamants, et enfin, leurs femmes. En effet, en suivant en cela l’exemple hong-kongais, l’usage est, quand " on peut se le permettre ", de laisser à la maison la femme officielle, génitrice de l’enfant qui assurera la continuité de la lignée, et de sortir en société, accompagné d’une belle jeune femme entretenue à coups de cadeaux divers.

Les hommes d’âge mûr finissent par créer une famille et par avoir un enfant unique. Ce dernier est naturellement l’objet de toute l’attention de ses parents. Mais, dans les milieux riches, l’attitude de ces derniers en matière éducative devient parfois fort excessive. Si beaucoup d’observateurs ont déjà mis en relief ce phénomène, avec notamment l’apparition d’enfants obèses, nourris de sucreries, de hamburgers et de sodas, il prend parfois d’autres aspects plus méconnus. Ainsi, le " grand chic " actuellement est de trouver l’école la plus chère et la plus " cotée " du moment. L’enfant unique d’un " riche " se doit d’aller dans la meilleure école de la ville. Des écoles privées dites " internationales " proposent donc de transformer votre enfant tout simplement en petit génie et peu importe alors si le petit voisin de quartier n’a pas de quoi aller à l’école " obligatoire " mais... payante ! La politique des petits génies atteint parfois des sommets : il existe ainsi des " crèches-pensionnats ", où les enfants de quatre ans restent enfermés toute la semaine, avec cours intensifs d’anglais, de piano et d’informatique. Le credo des nouveaux riches pourrait se résumer ainsi : être riche, en être fier et transmettre ses valeurs à sa descendance.                                       

Entre amis de " bonne classe ", on boit le cognac à gogo sans oublier de préférence de mépriser ou d’invectiver les serveuses, de faire semblant de parler anglais, de dire du mal des bonnes de province, porteuses de tous les maux : sales, paresseuses, voleuses. On pourrai aussi se moquer à l’occasion des artistes, des comédiens, des peintres, de l’archéologue ou de l’écrivain, tous ces anciens amis qui " ne gagnent rien et perdent leur temps ". Si un étranger à leur cercle les y presse vivement, ils peuvent aussi se féliciter de l’écrasement de leurs anciens camarades lors des événements de 1989 : " C’était douloureux, mais, si on y réfléchit bien, le gouvernement à bien agi, il a assuré la stabilité. " De retour en voiture, on ne manquera pas d’ouvrir sa fenêtre pour insulter un paysan qui tire une charrette de briques surchargée et qui peine à traverser la rue."

Article paru dans l'édition du 3 juillet 1999.


Lorsque j'ai lu la date de parution à la fin de cet article, je suis restée toute bête....merde alors, plus de 7 ans après, c'est exactement çà,  rien n'a changé... la Chine est un pays qui évolue à une vitesse incroyable actuellement mais certaines choses sont assez désespérement statiques... Pourtant à l'époque, il me semble que Xintiandi n'existait pas encore...c'est dire.

party_sh