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Chen Zhong - vingt-huit ans, directeur commercial, joueur de mah-jong, amoureux de sa femme et dragueur invétéré - a l'insouciance élégante et un goût du plaisir quasi pathologique. Il passe ses soirées avec ses deux complices d'université, Li Liang, boursicoteur avisé, et Wang Lin, commissaire corrompu. Et ses journées à comploter pour obtenir la direction générale de son entreprise. Chen Zhong, un salaud magnifique ? Pas seulement. Oublier Chengdu est le récit d'un naufrage humain, décrit avec un brio étourdissant. Murong Xuecun appartient à une jeune génération d'écrivains qui dénoncent la société, rongée par le pouvoir de l'argent, dans laquelle ils ont grandi et qui leur laisse peu d'espoir. Diffusé partiellement sur le net en 2003, Oublier Chengdu a suscité des débats passionnés qui ont entraîné sa publication en version intégrale et son adaptation théâtrale par le Centre d'art dramatique de Shanghai.

Oublier Chengdu, de Murong Xuecun
Editions de l'Olivier 2006

Murong Xuecun fait partie des chefs de file d'une nouvelle littérature chinoise dont on peut résumer ainsi les deux caractéristiques majeures : ses thématiques sont résolument urbaines, contemporaines et sociales, et ses auteurs ont une façon bien spécifique d'accéder à la notoriété, celle du web, la plus simple et efficace sans doute dans un pays qui pratique encore la censure. La cyber-littérature en Chine a de l'avenir. On se souvient de Mu Zimei, qui fit scandale en racontant sa vie sexuelle sur son blog, avant de voir ses oeuvres éditées et auréolées d'une réputation sulfureuse, suffisante pour doper les ventes à l'étranger. Des histoires personnelles ou journaux intimes qui alimentaient les sites il y a quelques années, on est passé aujourd'hui à un portrait réel et cru de ce que devient la société chinoise. Le Net offre une nouvelle façon d'écrire, permettant la rencontre avec un public plus large et une accession à la notoriété qui passe par de nouveaux canaux. Les premiers auteurs à avoir exploré cette voie l'ont fait dès la fin des années 1990 ; aujourd'hui, la relève arrive, et parmi elle Murong Xuecun. Oublier Chengdu, publié en 2002 sur l'un des sites littéraires les plus importants du pays, a immédiatement connu un succès impressionnant et engendré nombre de discussions sur le nihilisme des grandes villes, la désincarnation des foules ou les ambitions monétaires vides de sens des nouveaux travailleurs chinois.

Oublier Chengdu raconte tout ça à la fois. Avec le développement du pays, son entrée dans le cercle des pays développés et la croissance subite de ses cités, la Chine se découvre de nouveaux horizons. Et s'adapte. Chez Chen Zong, 28 ans, directeur commercial d'une boîte modeste et personnage principal du roman, la promotion sociale, comme chez beaucoup, passe par l'argent. Pour en gagner toujours plus, tout est bon : trahisons, magouilles et autres compromis avec soi-même. Ce qui n'arrange pas les choses dans son cas, c'est sa femme : une tendre épouse qu'il aime mais dont il ne se contente pas et qu'il trompe dès que l'occasion s'en présente. Argent et femmes sont les seules ambitions de Chen Zong. Rien à côté pour contrebalancer ces envies dévorantes : pas d'idéaux, pas d'avenir. La modernité expose ses limites. Le réveil risque d'être brutal. Devenu veule, opportuniste, égoïste et prêt à tout pour se satisfaire, Chen Zong va finalement se trouver confronté à ses pires cauchemars.

L'auteur, Murong Xuecun n'est pas un optimiste. Il se décrit comme un pessimiste sans ambitions. On peut sans doute chercher chez son personnage ses propres facettes de bon vivant. Il se présente aussi comme un touche à tout, dilettante qui écrit avant tout pour s'amuser, sans s'attendre à entrer dans la famille des belles lettres chinoises. Il n'empêche qu'il restitue parfaitement le climat étouffant qu'il veut décrire, mêlant dans une même ville des gens de tous horizons, sans histoire, sans passé, sans repères ni perspectives. La perte de sens fait le vide de leurs existences. Murong Xuecun témoigne en romançant les évolutions de la société à laquelle il appartient. Son succès est sans doute la meilleure preuve, s'il en fallait une, de la vérité de son texte. Internet, le meilleur vecteur de la pub littéraire aujourd'hui ? En tous cas, un bon moyen pour faire émerger ces nouvelles plumes qui viennent chatouiller là où la Chine s'égare.

Critique pertinente de Julie Coutu



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1.


En rentrant du bureau, Zhao Yue, ma femme, m'a téléphoné :
- Un nouveau restaurant spécialisé dans la fondue vient de s'ouvrir à Xiyanxian. Nous pourrions peut-être aller voir ce qu'il vaut...
Je l'ai brutalement rembarrée:
- Tu es comme les cochons, tu ne penses qu'à bouffer.
Il faut dire que j'étais de mauvais poil. La direction venait de nommer ce gros lard de Dong à la tête de la boîte. Nous y sommes entrés en même temps. C'est un gros porc complètement nul qui n'est bon qu'à lécher les bottes. Il va maintenant falloir que je travaille sous les ordres de ce tocard. Rien que d'y penser, ça me file le bourdon.
Zhao Yue a grogné et ajouté:
- Si tu ne veux pas venir, je peux y aller avec quel­qu'un d'autre.
- Comme tu voudras, tu peux même coucher avec lui si cela te chante, ça ne me dérange pas.
Elle a raccroché. Étant donné le bruit que ça a fait, elle n'a pas dû y aller de main morte.
Je suis resté quelques minutes ahuri devant le télé­phone. J'avais la tête vide. Je savais que j'y étais allé un peu fort. Zhao Yue n'avait rien dit de mal mais j'avais besoin de me défouler. J'ai pris ma serviette sous mon bras et je suis sorti. Au mois de mars, à Chengdu, on res­pire la fumée et la poussière. Ça rend les gens nerveux. J'ai acheté un paquet de cigarettes, les plus chères de ma marque préférée. Je me suis alors demandé comment commencer ce triste week-end. Après mûre réflexion, j'ai décidé d'aller chez Li Liang.

Li Liang et moi étions ensemble à l'université. Un an après avoir terminé ses études, il a démissionné de l'en­treprise où il travaillait pour se lancer dans les opérations sur le marché à terme. L'année suivante, il avait plus de 3 000 000 de yuans devant lui. Je me dis parfois que le destin n'est clément que pour ceux qui croient en lui. Comment aurais-je pu deviner à la fac qu'il avait le sens des affaires? À l'époque, en effet, il me suivait toujours comme un toutou.

J'ai supposé qu'il devait soit dormir, soit jouer au mah-jong, le seul sport qu'il aime pratiquer. Quand nous étions à l'université, il avait, une fois, joué pendant trente-sept heures d'affilée. Après avoir perdu son argent et tous ses tickets de cantine, il était venu me supplier de lui prêter 10 yuans pour manger. J'ai appris par la suite qu'on l'avait trouvé évanoui devant le petit restaurant à l'entrée de l'université.
Quand je suis arrivé, ils étaient quatre autour de la table : trois hommes et une femme. À part Li Liang, je ne connaissais personne. Il m'a accueilli au cri de « Salut Ducon!» avant d'ajouter:
- Il y a de la bière dans le frigo, des DVD dans le salon et, dans la table de nuit, un gadget pour s'amuser tout seul qui n'a pas encore servi. Alors, fais comme chez toi.
Les autres ont ri. J'ai dit :
-Je nique tes ancêtres !
Et je me suis assis à la table.
- Donne-moi des jetons! On joue comment?
La fille en face de Li Liang m'a répondu. Ils jouaient comme c'est l'habitude à Chengdu. J'ai tâté ma poche. Il y avait un peu plus de 1000 yuans. Ça devait pouvoir suffire.
Li Liang M'a présenté les trois joueurs. Les deux hommes n'étaient pas de Chengdu. Ils étaient venus le consulter pour profiter de son expérience du marché. La jeune fille s'appelait Ye Mei. Elle dirigeait une petite agence de main-d'oeuvre pour le bâtiment. J'ai débouché une bière et je me suis approché pour regarder son jeu. Elle portait un chandail rouge et un jean moulant. Une poitrine opulente, une taille de guêpe et deux longues jambes qui tremblaient légèrement quand elle jouait: il n'en fallait pas plus pour provoquer un frémissement à l'intérieur de mon pantalon. J'ai bu une gorgée de bière pour le faire passer.
Après quelques tours de table, Li Liang m'a cédé la place pour aller bricoler la sono. J'avais à peine com­mencé à jouer que je me suis défait d'une tuile qui était exactement celle que Ye Mei attendait. Ça m'a coûté 200 yuans. Ensuite, la poisse a continué. Je n'ai rien pio­ché d'intéressant et j'ai fait des cadeaux aux autres en me défaussant. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, j'avais perdu mes 1000 yuans. J'ai appelé Li Liang:
-Avance-moi 1000 yuans.
Il a ronchonné mais il a apporté l'argent.
À ce moment, mon portable a sonné. C'était Zhao Yue:
- Qu'est-ce que tu fais?
- Je joue au mah-jong.
-Alors, tu t'amuses bien.
Le ton de sa voix était glacial. J'ai répondu tout en piochant:
- Ça peut aller.
Toujours du même ton glacial, elle a encore demandé:
-Tu rentres ce soir?
- Il se peut que je joue toute la nuit.
Elle a raccroché.
Aussitôt, la chance m'a souri. Tout m'a réussi. Les deux hommes ont commencé à râler:
- Quand on a de la chance au jeu, on n'en a pas dans la vie. Tu ferais bien de surveiller ta femme !
Je me suis contenté de rire sans répondre. L'argent ren­trait. À trois heures du matin, j'ai encore réalisé un beau coup. Alors, Ye Mei a dit :
- On arrête. Les tuiles sont ensorcelées. Je n'ai encore jamais vu personne avoir une pareille veine.
Quand on a fait les comptes, j'avais non seulement récupéré mes 1000 yuans mais j'avais en outre gagné 3 700 yuans, plus de la moitié de mon salaire mensuel. Je me suis soudain senti plus à l'aise. J'ai versé deux verres de jus de fruits et en ai tendu un à Ye Mei. Je me suis assis sur le divan et j'ai récité un poème composé jadis par Li Liang qui commençait ainsi : La vie est pleine de hasards. C'est vraiment la merde...
Quand nous étions étudiants, nous animions un groupe littéraire. J'en étais le président et Li Liang écrivait des poèmes. Cela nous permettait de séduire un certain nombre de jeunes filles, à tel point que Wang Grosse Tête, qui occupait le lit au-dessus du mien, disait que nous avions «les mains souillées du sang des vierges ».

À cette heure de la nuit, la situation était délicate. Pas question de dormir et, si je rentrais, je risquais de réveiller Zhao Yue. J'allais devoir faire mon rapport et nous allions encore nous chamailler. Les voisins en avaient marre de nos altercations nocturnes et des bruits de vaisselle cassée qui les accompagnaient. Pourtant, si je ne rentrais pas, je n'avais nulle part où aller. Je me suis adressé à Li Liang par son surnom :
- Ni Niang, allons boire un verre. C'est ton grand frère qui paie et nous ramènerons notre beauté à son nid par la même occasion.
Li Liang m'a lancé les clés de sa voiture en bâillant.
- Raccompagne nos amis à leur hôtel et Ye Mei chez elle.
Au moment où nous sortions, il a dit à Ye Mei:
- Avec ce zèbre, fais attention à toi. Ce n'est pas un individu recommandable. On l'a surnommé « le Moine baiseur ».
Ye Mei lui a alors demandé s'il avait un couteau ou une paire de ciseaux pour me couper quelque chose en cas de besoin. Il a répondu :
- Pas la peine. S'il devient trop entreprenant, tu n'au­ras qu'à lui coller un coup de pied entre les jambes.
Au petit matin, rien ne bouge dans Chengdu. En passant devant le temple Qingyang, je me suis rappelé ma première visite avec Zhao Yue. Comme le veut la tradi­tion, nous avions fermé les yeux pour toucher le caractère Shou (Longévité), peint en rouge sur le mur. J'avais touché un trait et Zhao Yue, le point en dessous. Alors, j'avais dit:
- Tu vas probablement vivre vieille puisque tu as touché la bite.
Elle avait ri de bon coeur.
À cet instant, elle devait dormir, ronflant doucement, la lumière allumée et mon oreiller serré entre ses bras. C'est ainsi que je l'ai trouvée un jour au retour d'une mission quand je suis entré sans bruit dans la chambre.
Ye Mei a allumé une cigarette et m'a demandé :
- Le grand frère Chéri rit dans sa barbe, il pense à sa copine?
- Bien sûr, ai-je répondu. Je pense à toi. Quand nous aurons déposé nos deux amis, nous pourrons faire un tour ensemble.
- Je ne tiens pas à prendre une claque si ta femme nous voit.
J'ai souri. Une plaisanterie de très mauvais goût m'était venue à l'esprit: « Si tu te contentes de prendre ma bite, ça suffira. »

Je n'ai jamais pu résister à mes pulsions sexuelles. Puisque je ne peux pas choisir, je ne choisis pas. Li Liang m'a maintes fois répété que je me taperais même une truie. En comptant sur ses doigts, il reprenait son enumeration :
- La noiraude monitrice de sport à l'université, la patronne du restaurant qui doit peser dans les cent cin­quante kilos, la serveuse, grosse et laide à faire peur, la marchande de beignets qui mange de l'ail...
Je lui rétorquais qu'il ne comprenait rien à l'attirance qu'exerçaient les femmes sur moi.
- La monitrice de sport est admirable. Elle mesure un mètre soixante-dix-sept et on l'a surnommée «Pivoine Noire ». La patronne du restaurant est ronde comme une perle et douce comme le jade. C'est la réincarnation de la concubine Yang. La serveuse a le tour de taille idéal et, ensoutien-gorge, il doit lui falloir du F. Si elle tombait sur une route plate, ses seins toucheraient le sol avant sa figure. Quant à ma copine, la marchande de beignets, n'as-tu jamais remarqué qu'elle ressemble comme deux gouttes d'eau à notre camarade de classe Ding Dongdong?
Li Liang ne pouvait que grommeler :
- Salaud, tu ne recules devant rien.

Nous avons déposé les deux joueurs. J'étais maintenant seul dans la voiture avec Ye Mei. Je faisais exprès de conduire le plus doucement possible en l'observant du coin de l'oeil. Elle commençait à se sentir mal à l'aise et à rougir. Quand j'ai pouffé de rire, elle s'est mise en colère:
- Qu'est-ce qui t'amuse?
Alors, sans tourner autour du pot, j'ai posé la ques­tion. Je lui ai demandé si elle était vierge. Elle m'a jeté un regard furibond en disant qu'elle regrettait de ne pas avoir pris un couteau pour me castrer. Selon mon expé­rience, si une fille accepte d'aborder ce problème tech­nique, c'est qu'elle n'est pas insensible à mon charme. En outre, à cette heure de la nuit, les filles sont plus vulné­rables. Quand je me suis couché sur elle pour régler le rétroviseur de droite, elle a frémi légèrement mais elle n'a pas essayé de fuir le contact. J'en ai profité pour passer mon bras autour de sa taille. Elle a protesté :
- Tu as du culot! Si tu n'arrêtes pas, je descends de la voiture !
J'ai retiré mon bras en soupirant.
Elle a demandé d'une voix douce:
- Pourquoi m'as-tu piqué mon argent?
À ces mots, je me suis senti fou de joie. Je l'ai prise dans mes bras et j'ai collé ma bouche sur la sienne.

2


Pour moi, Chengdu n'est qu'un vaste ensemble rési­dentiel où vit une population hétéroclite. Quand j'étais au collège, nous habitions dans Jinsi Jie, la rue du Fil-d'Or, à cent mètres du temple de Wenshu où j'accompagnais souvent mes parents. Comme un grand nombre de fidèles, ils s'y rendaient pour brûler des baguettes. Nous prenions le thé avec des gens que nous connaissions ou pas et nous bavardions tout l'après-midi. Le temps a passé. Mes parents ont vieilli et j'ai grandi. À Chengdu, il n'arrive jamais rien. La vie est monotone et j'ai toujours pensé que la littérature et le théâtre n'étaient que pure invention.

Après avoir raccompagné Ye Mei chez elle, j'étais épuisé. Je ne m'étais pas bien essuyé et j'éprouvais une sensation de froid au fond de mon slip. En descendant de la voiture, Ye Mei n'avait pas semblé très contente de ma performance. Elle m'avait quitté plutôt sèchement. Ça m'a déprimé. Je suis allé me garer dans le parking souterrain de la place Vancouver, j'ai basculé le siège et je me suis endormi.
Quand je me suis réveillé, j'avais mal au dos. J'ai regardé ma montre : il n'était pas encore neuf heures. Un type frappait au carreau. Il m'a demandé si j'avais un peu d'huile. J'ai ouvert le coffre et lui ai donné un bidon. C'est de l'huile produite par ma compagnie. Li Liang en a au moins dix bidons dans son coffre. Ça m'a rappelé le boulot et filé le cafard du même coup. Ces dernières années, j'ai fait faire à la boîte plus de 300 000 000 de yuans de chiffre d'affaires, c'est-à-dire 20 000 000 de yuans de bénéfice, et ce gros con de Dong qui lui a rapporté que dalle va me marcher sur la tête.

Aujourd'hui, le soleil est aveuglant. Comme tous les noctambules, je préfère l'éviter. Cette semaine, j'ai lu dans un article du Journal juridique du Sichuan que « cer­taines choses obscures ne voient jamais la lumière ». C'est mon cas : je vis du côté sombre de la société. Pourtant, il n'y a pas si longtemps, j'étais un jeune homme privilégié par le sort, débordant d'énergie et d'enthousiasme. J'ai mis un CD de Xu Meijing. Elle chantait une chanson triste: « Les larmes d'amour coulent à flots, les yeux rou­gis regardent tristement la ville... Les fleurs se faneront, les chants se tairont. La fin sera encore plus belle. »

Alors, j'ai pensé à Zhao Yue et j'ai eu de la peine. Je suis allé au centre commercial de la place du Peuple. Au rayon Triumph, j'ai choisi un body qui M'a coûté 700 yuans. Zhao Yue dit toujours qu'elle manque d'exercice et que ses seins tombent. Je ne lui fais jamais de cadeaux alors que c'est elle qui m'a offert le costume de grande marque que j'ai sur le dos. J'ai eu des remords en pensant à hier soir. Zhao Yue regardait la télé, les yeux fixés sur l'écran, comme si elle ne m'avait pas entendu entrer. J'ai posé mon cadeau et je suis allé dans la salle de bains pour prendre une douche froide. Quand je suis ressorti, elle était couchée, tournée vers le mur. Je l'ai prise dans mes bras. Aucune réaction. Je me suis endormi. Dans mon rêve, elle répondait au téléphone:
- Mon mari est là. Je ne peux pas parler. Rappelle-moi plus tard.
J'ai ouvert les yeux.
-Tu as un copain?
Elle a hoché la tête d'un air très sérieux. J'ai dit:
- C'est bien. Tu progresses.
Elle a rétorqué en riant :
- C'est normal. Tout le monde doit progresser.
- Qu'est-ce qu'il fait? ai-je demandé.
- Il dirige une entreprise.
Je me suis assis et j'ai dit en lui tapotant la tête :
- Parlons sérieusement. Si tu lui soutires de l'argent, on partage.
- Je n'ai pas envie de plaisanter avec toi.
- Je comprends parfaitement, ai-je conclu. La poli­tique de la maison est d'encourager les relations exté­rieures pour faire entrer des devises étrangères.